Le problème des cartes au bout du monde

Une carte est-elle nécessaire? On peut légitimement se poser la question quand on se promène, qu’on explore le monde avec uniquement un cap global en tête sans aucun impératif d’itinéraire. Il nous est arrivé de traverser des pays entiers sans aucune carte. Mais de manière générale une carte un accessoire très utile et peut dans certains cas devenir indispensable.

Quand nous traversons un pays entier à pied il y a deux configurations de marche qui alternent. La marche “normale” où l’on évolue dans des zones plus ou moins peuplées et les traversées de grandes étendues sauvages. Ces différentes configurations demandent différentes cartes, tant dans leurs médias que dans leurs types. Et l’utilité que nous en faisons peu varier également.

Les cartes papier

Les cartes papiers ont le grand avantage d’offrir une vue globale du territoire mais surtout d’avoir la certitude qu’elles ne vont pas vous lâcher entre les mains. Elles sont par conséquent la seule solution envisageable pour les traversées engagées notamment de chaînes de montagne où une carte est absolument primordiale.

Les grands éditeurs

Une vraie bonne carte papier d’un éditeur reconnu est de loin ce que je préfère. Elle résiste à tous et offre un taux d’erreurs très faible du moins tant qu’on reste proche de nos contrées. Après ça se complique, Il est quasiment impossible de les trouver sur place et si d’aventure vous en trouver une le taux d’erreur bondi. Au Kazakhstan par exemple il est arrivé plusieurs fois de se faire piéger par notre carte de l’éditeur “Reize know how” parce qu’un village était en fait 20 km plus au nord ou bien sur la berge opposée du fleuve. Et quand on est à pied, surtout dans des pays comme le Kazakhstan où les opportunités de ravitaillement ne sont pas légion, un village qui n’est pas là où il est censé être peut vous foutre dedans. Et puis une fois qu’on sait que la carte cache potentiellement des erreurs significatives, c’est comme une épée de Damoclès.

Il n’en reste pas moins que ce genre de carte est vraiment avantageux utilisé en navigation “globale”, car même à des échelles énormes comme les 1:2 000 000 de notre carte du Kazakhstan la densité d’information restent corrects, ce qui n’est souvent pas le cas avec les cartes locales.

Les éditeurs diffèrent en fonction des régions du monde mais l’edition des cartes du “bout du monde” j’entends simplement par là hors europe et USA, dont clairement dominé par les allemand avec Reize Know HowNelles Maps et Freytag & Berndt. Il y a aussi le canadien ITM et le hongrois GIZI. Avec quand même une timide présence de l’IGN. Donc si vous avez la logistique pour vous faire envoyer des cartes, vous pouvez depuis la France vous procurer ces principaux éditeurs et d’autres avec l’excellent site de la compagnie des cartes.

Les éditeurs locaux

J’entends par là toutes les cartes qu’on peut trouver en route. Parfois accrochées dans des cafés enjolivées de ribambelles de pubs, comme ça se faisait beaucoup en Turquie. Mais aussi dans les  librairies de villes moyenne. Leurs qualités varient grandement et sont souvent destinées à être accroché au mur et donc en carton ou papier très épais. Les infos qui y sont marquées sont à prendre avec des pincettes. Mais elles sont souvent meilleures que google pour nommer correctement les petits villages, elle donne une vue globale de la progression et sont parfaites pour être déployé avec vos hôtes du moment. Car comme elle se trouve facilement et coûte trois fois rien vous n’aurez pas d’inquiétude à laisser tout le monde jouer avec car une carte est une des rares choses qui peuvent rivaliser vos bâtons de marche en matière d'attrait.

Imprimer ces propres cartes

S'il est possible de se procurer des cartes routières d’éditeur reconnu pour les pays hors Europe, il est extrêmement difficile de trouver des cartes topographiques. Sans comptez qu’il faudrait une trentaine de carte au 1:100 000 pour couvrir l’intégralité du Kazakhstan. Et puis les cartes topographiques ne sont vraiment essentielles que dans des configurations spécifiques comme par exemple lors de notre traversée de chaîne montagne Tian Shan à la frontière entre le Kazakhstan et la Chine. Nous avions décidé de la traverser loin de toute routes en suivant un itinéraire minutieusement étudié à l’aide de google earth et des vieilles cartes topographiques soviétiques qui couvrent toute l’Asie Centrale et une bonne parti de la Chine. Avec des passages sur glaciés et des cols escarpés dépassant la barre des 4000m avoir des cartes topographiques s'étaient avérés plus qu’une nécessité.

Les cartes soviétiques

Durant la guerre froide l’union soviétique avait mis en place un programme top secret pour cartographier l’intégralité de la planète au 1:200 000 et tous les territoires de l’union jusqu’à 1:50 000! Déclassé depuis de nombreuses cartes ont été rendu public et sont aujourd’hui téléchargeable gratuitement. Poehali qui nous utilisions à l’époque a été fermé depuis mais la relève est assurée par ces quelques portails:

Ces cartes datent pour la plupart des années 80, il peut donc y avoir quelques surprises comme un lac de barrage par exemple. Les glaciés ont bien diminués voir totalement disparus. Mais les montagnes et leurs barres rocheuses n’ont pas beaucoup bougé normalement et c’est tout ce qui compte vraiment. Les noms de villes sont écrits en cyrillique mais comme le cyrillique et le latin ont près de la moitié des lettres en commun le reste s’apprend assez vite.

Google maps & Open Street Map

Google maps demeure la référence en matière de carte numérique mais quand on vient à l’impression de carte topographique, la vue relief de googler (google physical) est moins clair que les bonnes vieilles cartes soviétiques. Une bonne alternative à essayer est la “cycle map” d’open Street Map. Il y a un super outil qui facilite grandement l’impression de vastes zones et qui prend en charge toute les principaux fournisseurs (google, OSM, Géoportail) c’est JGN Super Heros.

  1. Vous choisissez l’échelle que vous voulez
  2. Vous ajoutez autant de pages que nécessaire pour couvrir la zones qui vous intéresse
  3. Et bam! Y’a plus qu’a imprimer

Seul reproche, il manque la possibilité de faire une sélection non-rectangulaire.

Les cartes à l’ère du numérique

Le smartphone

J’ai acheté mon premier smartphone il y a moins d’un an, je n’ai donc pas vraiment le recul nécessaire, et mon opinion est encore assez partagée là-dessus. Mais il est incontestable qu’il s’agit là d’une solution très performante mais prix d'une autonomie très limitée en matière de batterie. L’intérêt est alors évidement de disposer des cartes hors-lignes.

En termes de cartographie numérique la référence c’est évidement google. Le problème c’est que contrairement à OSM ou Bing, Google a verrouillé le téléchargement automatique de ses “tuiles”. Vous trouverez donc aucune application sur le play store où l’apple store qui permettra d’offrir un accès hors-ligne aux tuiles Google. L’application Google Maps propose bien la possibilité d’accéder à ses tuiles hors-ligne mais uniquement pour la vue google street, donc pas de satellite ou de relief. Bref pas vraiment d’utilité pour nous, surtout que cette option n’est même pas disponible pour tous les pays.

Alternative à Google

La vue relief d’OSM qui est tout à fait décente voire meilleur. Personnellement je la préfère. Plus lisible, je trouve. Donc là pas de problème. Par contre, pour la vue satellite, il ne nous reste que Bing et c’est là que ça pêche. Bing Maps a beau offrir une résolution satisfaisante voire supérieure par endroits, la correction atmosphérique est à la ramasse. C’est d’autant plus marqué dans les tropiques, où parfois des dizaines km2 sont couvert à 80% de nuage. Et on ne peut pas se passer de la vue satellite, c’est tout bonnement le sacro-saint en matière de carte numérique. En effet en dehors de l’Europe les petits chemins et sentiers n’apparaîtront quasiment jamais sur les vues normales (route/rue) de google, Bing ou autres. Et ce sont eux qui nous intéressent tout particulièrement. Pour les débusquer Il faut alors scruter avec attention les vues satellites.

All-in-one OfflineMaps

C’est l’application que j’utilise par défaut, elle permet de télécharger les tuiles de tous les fournisseurs à l’exception de celles de notre cher Google. Elle est très stable et a toute les fonctionnalités nécessaire dans sa version gratuite. Moi j’ai fini par acheter sa version payante à 4$ uniquement parce que je l’utilise également pour enregistrer mon itinéraire au jour le jour. (un point GPS par soir avec quelques notes attaché) et qu’il fallait la version payante pour faire les exports des points GPS. Mais franchement c’est de bon coeur au vu des services qu’elle me rend.

La quête du saint graal: les tuiles satellite de google

Il y a toujours moyen de contourner les verrouillages mais forcément ça complexifie un peu la chose. Il faut un logiciel pour télécharger les tuiles, Terra Incognita, une app pour les lire Androzic et un logiciel, Img2ozf, qui fait une petite conversion entre les deux.

Terra Incognita

Il peut télécharger les tuiles de 15 sources différentes dont notre petit Google! En plus il permet de télécharger des sélections non rectangulaires! C’est un gros avantage comparer à la seule alternative que je connaisse à savoir: Easy Google Maps Downloader. En effet, à moins de traverser une zone parfaitement en nord-sud ou est-ouest, avec une sélection rectangulaire on téléchargement forcément une grosse quantité de tuiles dont on n'a rien à faire au final. Après il faut faire attention à ne pas faire une sélection trop réduite et de se donner une bonne marge car il y a toujours des imprévus et des changements d’itinéraire. La procédure est la suivante:

  1. Installer Terra Incognita
  2. Sources des cartes > maps.google.com
  3. Sélection > Sélection polygone
  4. Tracer la sélection voulue
  5. Niveau de zoom > choisir la précision désirer
  6. Fichier > sauver carte > OxiExplorer Map
  7. Nommer le fichier. Ici “exemple01”
  8. Une barre de progression apparaît en bas. En fonction de l’étendue de la zone de votre connexion ça peut prendre pas mal de temps.
  9. 2 fichiers sont créés: exemple01.jpg et exemple01.map

Img2ozf

Il s’agit là de convertir les fichiers créés par Terra Incognita en un format qui plaît à l’app Androzic.

  1. Installer Img2ozf
  2. Definir pour “Source image folder” le dossier contenant vos fichiers exemple01.jpg et exemple01.map
  3. Cocher exemple01.jpg qui apparaît maintenant dans la liste
  4. Cliquer sur “Process Image Files to OZF2 Files”
  5. 2 fichiers sont créés: exemple01.ozf2 et exemple01_ozf.map

Androzic

Une application bien pratique qui permet de lire les cartes au format OziExplorer. OziExplorer étant un des logiciels de cartographie GPS les plus utilisés. C’est d’ailleurs le format utilisé par les fournisseurs des vieilles cartes soviétiques citées plus haut. Pour une raison inconnue elle a été supprimé de Google Play Store mais reste évidement disponible sur le site de l'éditeur.

  1. Installer Androzic
  2. Copier les fichiers Img2ozf exemple01.ozf2 et exemple01_ozf.map dans Androzic/maps
  3. Lancer l’appli
  4. Appuyer sur la barre semi-transparente affichant le nom de la map en cours et le pourcentage de zoom, en bas de l’écran.
  5. Appuyer sur l'icône dossier dans la fenêtre qui est apparu.
  6. Sélectionner: exemple01 generated by Terra...

La Liseuse

Les liseuses et leur technologie e-ink permettent d’envisager l’utilisation des cartes numériques lors de grandes traversée en autonomie. Un écran e-ink consomme très peu d’énergie pour “imprimer” un contenu sur son écran et une fois qu’il est “tracé” l’écran n’a besoin d’aucune énergie pour maintenir l’affichage. On peut éteindre la liseuse totalement et le contenu, par exemple une carte :) restera affichée.

Nous avons utilisé cette solution avec Thierry pendant les 10 jours de traversée de la jungle de Nam Nao en Thaïlande. Utilisée de cette manière la batterie peut sans problème tenir plusieurs semaines. Mais comme tout gadget électronique, une liseuse est assez fragile et peut très bien vous mourir dans les mains pour une raison X ou Y. Donc en cas de grandes traversées de zones montagneuses je pense que je garderais la solution impression papier.

Quelques points essentiels dans le choix de la liseuse. Il faut tout d’abord qu’elle puisse lire au moins les fichiers JPEGs, ce que la plupart font. Mais plus important il faut qu’on puisse avoir le contrôle sur le contenu imprimer à l’écran après l'extinction de la liseuse. Cela veut dire que soit le dernier contenu affiché reste affiché après avoir pressé le bouton OFF soit de pouvoir être en mesure de paramétrer une image à afficher après extinction. C’est le cas pour ma liseuse “PocketBook 622” où je peux également zoomer dans l’image et recadrer avant de la définir comme “image OFF”.

Généralement je télécharge la vue satellite et relief. Les deux étant complémentaire, surtout quand on navigue sans GPS, où la vue relief devient essentiel pour se repérer. Pour obtenir les images-cartes pour la liseuse, la procédure est la suivante (j’ai fait un petit script Photoshop qui automatise le processus):

  1. Terra Incognita ( alternative: Easy Google Maps Downloader)
    1. Téléchargement de la vue satellite d’une vaste zone
    2. Téléchargement de la vue relief de cette même zone
  2. Photoshop:
    1. j’empile les 2 images l’une sur l’autre
    2. Je redécoupe le fichier global, pouvant faire plus de 20 000px de coté, en unités plus petites et du ratio de mon écran. Pour moi 2000x1500. Au delà le logiciel de visionnage d’image de ma liseuse n’arrive plus à zoomer suffisament
    3. Une petite rotation à 90° pour que l’image s’affiche en mode paysage d’emblé
    4. Petite correction de contraste et de luminosité

Conclusion

Voilà qui résume notre expérience avec les cartes. Un article un peu long mais sagit là d’une problématique complexe pour cet élément clef de l’équipement. Car le type et la précision des cartes dont l’on dispose déterminent la manière dont on s’oriente et va jusqu’à influencer la façon même dont on voyage. L’exemple le plus flagrant est la carte numérique ultra-précise couplée à la navigation GPS qui se greffe dessus. Offrant une efficacité redoutable elle se paye au prix d’une plus grande dépendance et d’une fermeture à son environnement. Je ferais prochainement un futur article sur le sujet.

Commentaires

Ca tombe vraiment à pic, je

Ca tombe vraiment à pic, je suis en plein dedans, petite précision pour ceux que ca intéresse : le programme Img2ozf n'exporte plus les fichiers .ozf2 , il est désormais incompatible avec Androzic, à moins de télécharger une version précédente, ici : http://oziandro.forumactif.org/t65-telecharger-img2ozf-v2-08-ou-v3-03-fi... .

Bref, je suis en train de tester tout ca ! Pour le programme "All-in-one OfflineMaps" j'ai remarqué qu'il existait une appli "plus performante" du même auteur "AlpineQuest Rando GPS" (je ne sais pas quelles sont les différences).

D'ailleurs, je ne vois pas non plus les différences avec Androzic, le géoréférencement peut être ? Y'aurait pas une appli qui ferait la totale ? Sinon, ces applications sont elles toujours fiables ?

Merci pour les infos et pour ton mail attentif

Portrait de Killian

C'est les mêmes personnes qui

C'est les mêmes personnes qui font All-in-one OfflineMaps et AlpineQuest. Je me rappelle plus exactement quelles sont les fonctionnalités en plus dans AlpineQuest mais je me rappelle pas avoir vu une grande différence entre les 2.

L'intérêt d'AndroidZic était de pouvoir profiter de l'imagine satellite google. Mais j'ai appris y'a quelques jours qu'il est possible d'avoir les tuiles google en offline avec All-in-one OfflineMaps et ce même dans la version gratuite.

C'est une juste une petite manip à faire pour "débloquer" la fonction. expliquer sur leur forum: http://www.alpinequest.net/forum/viewtopic.php?f=5&t=2314&p=6466&hilit=g...

Projet

Bonjour!

Super article, super site, super projet!! Voilà maintenant 8 ans que je vous suis, je me souviens je révisais pour le bac et entre deux leçons je vous posais des questions sur l'ancien site. Vous me vendiez du rêve, je me jurais que je le ferais, me disant qu'un travail me permettrais de mettre de l'argent de côté. Malheureusement les études ne payent pas beaucoup et des choix de vie et/ou des peurs nous font rester sur place en continuant de rêver. Cependant... Ça y est, je suis définitivement décider à partir sur à peu près le même type de projet, mes seuls limites seront ma volonté et mes économies! Si j'arrive à joindre l'Asie, ça sera déjà une belle victoire! C'est pourquoi ça serait bien de pouvoir échanger sur votre expérience, sur le matériel et sur plein d'autres choses, par mail ou par commentaires peu m'importe. Merci et à bientôt j'espère !

Suivez nos pas...